"Les œuvres de Nina Scceletton sont des mises en scène,dont elle est toujours la seule protagoniste. Il faut dire que sa matière, ce sont les représentations de la femme : telles qu’on les trouve, sous formes d’archétypes, au plus profond de l’inconscient culturel ; telles qu’on les retrouve encore, mutatis mutandis, dans l’histoire de l’art ; ou dans cet autre champ particulier de l’image qu’est la photographie érotique.

C’est un extrait de sa dernière série qu’elle nous propose ici. Un extrait assez emblématique de sa démarche : une fois repérés les codes, en effet, il s’agit pour elle d’opérer de légers déplacements, dont la fonction, gageons-le, n’est pas seulement humoristique mais aussi critique. La scène est ainsi transportée dans un intérieur banal ; le personnage, dont la nudité dans un tel environnement dénote, est assis à une table où sont étalés papiers crépon et crayons de couleur : quatre d’entre eux se sont improvisés en pinces tétons, tandis qu’un bâton de colle figure un godemiché. L’allusion est claire, à tel point d’ailleurs qu’on ne peut plus guère parler d’allusion. Mais le régime érotique de la photographie n’en est que mieux transgressé, renversé. Plutôt que de rejouer la mécanique du désir, Nina Scceletton s’amuse au contraire à la déjouer."

 

Francois Coadou, 2010